Dr. Abdelouaheb Farhi

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Dr. Abdelouaheb Farhi, médecin anesthésiste réanimateur  ·  Accès instantané par email. Désabonnement en un clic.

L’axe du cœur. Trois chiffres sur le compte-rendu automatique de l’ECG. Un paramètre que beaucoup de médecins regardent sans vraiment savoir quoi en faire.

Et pourtant, l’axe des QRS est l’un des outils les plus rapides pour repérer une anomalie. En deux dérivations et cinq secondes, vous pouvez orienter votre diagnostic vers un hémibloc, une hypertrophie ventriculaire ou un infarctus ancien.

Voyons comment le calculer, l’interpréter, et surtout quoi en faire en pratique.

Qu’est-ce que l’axe des QRS ?

L’axe des QRS (ou ÂQRS) représente la direction moyenne de la dépolarisation ventriculaire dans le plan frontal. Autrement dit : vers où se dirige la principale force électrique quand les ventricules se contractent.

Normalement, cette force se dirige vers la gauche et vers le bas — parce que le ventricule gauche est plus épais et plus musculeux que le droit. Il domine le signal électrique.

:::callout L’axe des QRS = la direction moyenne du vecteur de dépolarisation ventriculaire dans le plan frontal. Synonyme : ÂQRS ou axe électrique du cœur. :::

L’axe s’exprime en degrés, sur un cercle de référence où :

  • = horizontal vers la gauche (direction de DI),
  • +90° = vertical vers le bas (direction de aVF),
  • −90° = vertical vers le haut,
  • +180° / −180° = horizontal vers la droite.

Valeurs normales de l’axe

Chez l’adulte

L’axe normal se situe entre −30° et +90°. La plupart des adultes sains ont un axe entre +30° et +60°.

Certains auteurs (et les sociétés américaines de cardiologie) retiennent une plage plus large de −30° à +100°, en particulier chez les sujets longilignes jeunes.

Variations physiologiques

L’axe n’est pas figé. Il varie en fonction de :

  • L’âge : l’axe se déplace progressivement vers la gauche avec le vieillissement (fibrose du faisceau antérieur gauche),
  • La morphologie : les sujets longilignes ont un axe plus vertical (vers +90°), les obèses un axe plus horizontal (vers 0°),
  • La grossesse : l’élévation du diaphragme horizontalise le cœur et dévie l’axe vers la gauche,
  • La respiration : l’inspiration profonde verticalise légèrement l’axe.

Chez l’enfant

L’axe évolue considérablement avec l’âge :

  • Nouveau-né : axe normal entre +30° et +190° (prédominance droite physiologique),
  • 1 mois à 1 an : +10° à +120°,
  • 1 à 5 ans : +5° à +100°,
  • Après 8 ans : se rapproche des valeurs adultes (0° à +120°).

Comment calculer l’axe — la méthode rapide

Oubliez les formules complexes et les tableaux trigonométriques. En pratique clinique, une méthode en deux étapes suffit.

Étape 1 — Regarder DI et aVF

Ces deux dérivations sont perpendiculaires l’une à l’autre. Elles découpent le plan frontal en quatre quadrants :

DIaVFQuadrantAxe approximatif
PositifPositifNormal0° à +90°
PositifNégatifGauche0° à −90°
NégatifPositifDroit+90° à +180°
NégatifNégatifExtrême−90° à −180°

“Positif” signifie que l’onde R est plus grande que l’onde S dans cette dérivation.

En pratique : si le complexe QRS est positif en DI et en aVF → l’axe est normal. C’est le cas le plus fréquent. Vous pouvez passer à la suite de l’interprétation.

Étape 2 — Affiner avec DII

Si DI est positif et aVF est négatif, vous êtes dans le quadrant gauche (0° à −90°). Il faut préciser : est-on entre 0° et −30° (acceptable) ou au-delà de −30° (déviation axiale gauche) ?

Regardez DII :

  • QRS positif en DII → axe entre 0° et −30° → normal,
  • QRS négatif en DII → axe au-delà de −30° → déviation axiale gauche.

Méthode alternative — la dérivation isoélectrique

Pour les puristes qui veulent un axe plus précis :

  1. Trouvez la dérivation frontale où le QRS est le plus isoélectrique (onde R ≈ onde S),
  2. L’axe est perpendiculaire à cette dérivation, du côté où le QRS est positif.

Exemple : QRS isoélectrique en aVL (−30°) et positif en DII → l’axe est perpendiculaire à aVL, soit +60°.

:::callout Méthode rapide : QRS positif en DI + aVF → axe normal. Point. Si aVF est négatif, vérifiez DII pour trancher. :::

Les déviations axiales

Déviation axiale gauche (au-delà de −30°)

L’axe dévie vers la gauche quand la dépolarisation se dirige anormalement vers le haut et la gauche.

Causes principales :

  • Hémibloc antérieur gauche — la cause la plus fréquente. Le fascicule antérieur gauche est bloqué, la dépolarisation du ventricule gauche emprunte un chemin détourné vers le haut. Axe typiquement entre −45° et −90°.
  • Hypertrophie ventriculaire gauche — le ventricule gauche hypertrophié tire l’axe vers lui. Associé à des critères d’amplitude (Sokolow-Lyon, Cornell).
  • Infarctus inférieur ancien — la nécrose de la paroi inférieure crée une « fenêtre électrique ». L’axe s’éloigne du territoire infarci (vers le haut).
  • Préexcitation (Wolff-Parkinson-White) — la voie accessoire modifie la séquence de dépolarisation et peut dévier l’axe.

Déviation axiale droite (au-delà de +90° à +100°)

L’axe dévie vers la droite quand le ventricule droit domine le signal électrique ou quand la dépolarisation du ventricule gauche est retardée.

Causes principales :

  • Hémibloc postérieur gauche — diagnostic d’exclusion (rare isolément). L’axe est typiquement entre +100° et +180°.
  • Hypertrophie ventriculaire droite — cœur pulmonaire, hypertension artérielle pulmonaire, sténose pulmonaire, certaines cardiopathies congénitales.
  • Embolie pulmonaire aiguë — déviation axiale droite brutale, souvent associée au pattern S1Q3T3.
  • Infarctus latéral — la nécrose latérale dévie l’axe vers la droite (l’axe fuit le territoire infarci).
  • Variante physiologique — les sujets jeunes longilignes peuvent avoir un axe jusqu’à +110° sans pathologie.

Axe extrême (« no man’s land »)

Quand l’axe se situe entre −90° et ±180° (QRS négatif en DI et en aVF), on parle parfois d’axe en « no man’s land » ou axe extrême. C’est rare et presque toujours pathologique :

  • Tachycardie ventriculaire,
  • Hyperkaliémie sévère,
  • Dextrocardie,
  • Inversion des électrodes des membres (vérifier en premier !).

:::callout Devant un axe extrême, le premier réflexe est de vérifier le positionnement des électrodes. Une inversion bras droit / bras gauche est la cause la plus fréquente d’un axe aberrant. :::

L’axe dans le plan horizontal — la zone de transition

L’axe ne s’évalue pas que dans le plan frontal. Dans le plan horizontal (dérivations précordiales V1 à V6), on parle de zone de transition.

La zone de transition est la dérivation précordiale où l’onde R et l’onde S sont d’amplitude à peu près égale. Normalement, elle se situe en V3 ou V4.

  • Transition précoce (en V1-V2) : l’onde R devient dominante trop tôt → évoquer une hypertrophie ventriculaire droite, un infarctus postérieur, ou une variante de la normale.
  • Transition tardive (en V5-V6) : l’onde R reste petite longtemps → évoquer une hypertrophie ventriculaire gauche, un bloc de branche gauche, ou un emphysème.

Ce concept est abordé en détail dans l’article sur le complexe QRS.

Cas particuliers

Axe et bloc de branche

En cas de bloc de branche (QRS > 120 ms), l’axe calculé sur le QRS complet est faussé par la partie retardée de la dépolarisation. Pour interpréter l’axe en présence d’un bloc de branche, il faut utiliser les 80 premières millisecondes du QRS (la déflexion initiale), qui reflètent la dépolarisation via le réseau de conduction intact.

Axe et pacemaker

En cas de stimulation ventriculaire par un pacemaker, l’axe des QRS reflète le site de stimulation, pas la conduction physiologique. Il n’est pas interprétable dans le sens habituel.

Axe incalculable

Parfois, tous les QRS dans les dérivations frontales sont isoélectriques (R ≈ S partout). L’axe est alors perpendiculaire au plan frontal — le vecteur de dépolarisation est dirigé vers l’arrière. Ce n’est pas pathologique en soi (on le voit chez certains sujets longilignes), mais ça rend le calcul de l’axe impossible dans le plan frontal.

L’axe dans l’interprétation systématique de l’ECG

L’axe des QRS est l’un des paramètres à évaluer dans toute lecture systématique d’un ECG. Il se place après l’analyse du rythme et de la fréquence, et avant l’analyse de la morphologie des QRS.

L’axe doit figurer dans le compte-rendu de tout ECG. Il renseigne sur :

  • L’orientation anatomique du cœur (horizontale, verticale, intermédiaire),
  • La dominance ventriculaire (gauche ou droite),
  • D’éventuels troubles de conduction (hémiblocs),
  • La localisation d’un infarctus ancien.

Il doit toujours être interprété dans le contexte clinique. Un axe à −40° chez un homme de 75 ans hypertendu n’a pas la même signification que chez un jeune sportif de 20 ans.

Points clés à retenir

  • L’axe des QRS représente la direction moyenne de la dépolarisation ventriculaire dans le plan frontal,
  • Axe normal : entre −30° et +90° chez l’adulte,
  • Méthode rapide : QRS positif en DI et aVF → axe normal. Si aVF négatif → vérifier DII,
  • Déviation gauche (< −30°) : penser hémibloc antérieur gauche, HVG, infarctus inférieur,
  • Déviation droite (> +100°) : penser hémibloc postérieur gauche, HVD, embolie pulmonaire,
  • Axe extrême : vérifier d’abord les électrodes, puis évoquer TV ou hyperkaliémie,
  • En cas de bloc de branche, calculer l’axe sur les 80 premières ms du QRS.